27 Oct' 16

La rénovation énergétique ou la bête noire du patrimoine architectural français

On le savait déjà: il est difficile de concilier efficacité énergétique et vieilles pierres mais un décret paru au Journal Officiel le 30 mai 2016 enfonce le clou. Ainsi, dès lors qu’une rénovation énergétique impose des « travaux de ravalement importants » équivalents à plus de 50% de la façade, l’isolation doit obligatoirement se faire par l’extérieur.

Quid du bâtiment dont l’isolation a préalablement été effectuée par l’intérieur ?
Les dispositions du décret ne font pas de distinction pour ce cas de figure, celui-ci devra donc être également isolé par l’extérieur.

Les mesures de ce décret auraient pu recevoir un accueil mitigé des professionnels du secteur mais il n’en est rien. En effet, ceux-ci y trouvent leur compte en ce que l’isolation par l’intérieur réduit la surface habitable donc le prix de vente ou de location.

Combien de façades en tuffeau ou à colombages vont céder la place à de la mousse en polyuréthane ou au revêtement plastique épais.. Seul moyen d’y échapper: s’offrir les services d’un architecte qui défendra votre cause et argumentera en faveur de votre façade. Toutefois, les monuments classés ou situés dans des secteurs sauvegardés resteront à l’abri de cette mesure.

En contrepartie de l’atteinte faite à notre patrimoine, ce décret profite au secteur du bâtiment qui pourrait bénéficier de près de 800 millions d’euros en terme de recette, indirectement générés par les dispositions du texte de loi.

Ce texte n’a pourtant pas fini de faire couler de l’encre à en juger par la levée de boucliers des associations. Celles-ci ont d’ailleurs obtenu de la Ministre Ségolène Royal la promesse d’un décret modificatif à l’horizon 2017. Le décret modifié ne concernerait plus que les bâtiments en matériaux industriels, affaire à suivre.